Maître André ICARD
Avocat au Barreau du Val de Marne

Réflexions d’un confiné un samedi du mois de mars 2020 à Villejuif

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Aujourd’hui il fait gris, un temps de Toussaint en région parisienne.

C’est le calme plat sur l’avenue Louis Aragon.

Seulement les allers retours des quelques bus de la RATP presque vides troublent le silence assourdissant de cette après-midi ou plane le spectre invisible et insaisissable de la mort.

Sentiment étrange totalement inconnu par ces populations repues par une société de consommation qui jusqu’à présent les avait gavé de plaisirs jouissifs autant égoïstes que futiles, cette société qui les a immunisé au devenir des autres en les amputant définitivement d’un semblant d’empathie profondément enfoui au plus profond d’eux-mêmes.

A quelques pas de là, les soignants des hôpitaux de l’assistance publique des hôpitaux de Paris poursuivent avec abnégation leur inégal combat contre la mort.

Le téléphone sonne enfin, j’avais presque perdu l’habitude de sa douce mélodie, c’est une infirmière libérale qui m’appelle consternée de ne pas avoir de masque pour travailler et encore plus ulcérée qu’une pharmacienne de Vitry-sur-Seine ait refusé de lui en délivrer.

Je ne veux pas abandonner mes patients me dit-elle et je vais confectionner un masque en tissus pour un peu me préserver.

Advienne que pourra me dit-elle la gorge serrée …

Pendant ce temps-là, des files d’attente à la gare Montparnasse, insouciants des touristes de la mort en train d’acheminer vers les plages bretonnes dans leurs bagages avec leur épuisette, leur sac de couchage, leurs gamelles de camping le terrible virus.

Ces primo-délinquants qui bravent la loi et les interdits et qui se sont certainement trouvés une raison valable pour fuir l’épidémie sont équipés de masques et pensent avant tout à sauver leur pitoyable carcasse.

Tant pis pour les vieux, ils ont fait leur vie, tant pis pour le manque de chance des malades, tant pis pour les faibles, tant pis pour les policiers qui risquent leur vie à les sermonner, tant pis pour tous les soignants qui risquent aussi leur vie à les soigner, tant pis pour les personnels de la RATP, tant pis pour les transporteurs, tant pis pour les SDF, tant pis pour les éboueurs très exposés pendant leur tournée, tant pis pour les médecins de ville, tant pis pour les infirmiers libéraux, tant pis pour les aides à domicile, tant pis pour ma mère qui a 101 ans et qui de toute façon a fait sa vie, tant pis pour moi qui n’a plus de reins en état de fonctionner, tant pis pour ma femme qui est cardiaque, tant pis pour tout ceux qui sont obligés de travailler, tant pis pour mes enfants, tant pis pour mes petits enfants que je n’aurait peut-être pas le temps de voir grandir, tant pis pour ma belle-famille, tant pis pour mes amis Claire, Stéphane, Matania … tant pis pour mes confrères, tant pis pour moi, tant pis pour nous, tant pis pour vous …

On a pourtant demandé à tous ces honnêtes citoyens de rester chez eux, on leur a même dit que ça sauverait des vies, mais ils n’en ont cure, ils n’ont pas voulu entendre cet appel à l’aide de nos si courageux, admirables et dévoués soignants, engoncés dans leur petit confort futile, repus de biens de consommation aussi nombreux qu’inutiles, les yeux rivés sur leur portable, indifférents aux autres et à la détresse humaine qu’ils ne sont même plus capable d’entrevoir.

Ils ne l’ont pas fait, peut-être certain le feront-ils demain quand il sera trop tard.

Peut-être même applaudiront-ils le soir à 20 heures sur leur balcon afin de se donner bonne conscience.

Mais quand on fera le décompte final des morts du covid 19, je ne voudrais pas être à leur place.

POUR SAUVER DES VIES, IL EST IMPERATIF DE NE PAS SORTIR DE CHEZ SOI


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