Maître André ICARD
Avocat au Barreau du Val de Marne

Les coefficients individuels d’attribution des indemnités d'exercice de mission des préfectures et d'administration et de technicité peuvent-ils tenir compte de l’absentéisme du fonctionnaire ?

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NON : dans un arrêt en date du 02 mai 2019, la Cour administrative d’appel de Lyon a précisé que si le versement des indemnités en cause peut être modulé en fonction de l'absentéisme du fonctionnaire par une retenue calculée mensuellement, cet absentéisme n'est pas au nombre des critères retenus par la délibération pour l'attribution individuelle des coefficients multiplicateurs.

M. A...a été recruté par la commune de Lempdes en 2009 comme agent technique de deuxième classe sur un poste d'électricien titulaire. Par un arrêté du 2 avril 2015, le maire de la commune de Lempdes a abaissé, à compter du 1er avril 2015, le coefficient multiplicateur retenu pour le calcul de l'indemnité d'exercice de mission des préfectures (IEMP) attribuée à M. A...de 1 à 0,48 et, de 2 à 1 le coefficient retenu pour le calcul de l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) qui lui est également attribuée. Par un jugement du 13 avril 2017, dont la commune de Lempdes relève appel, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé cet arrêté. 

Aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction alors applicable «  L'assemblée délibérante de chaque collectivité territoriale ou le conseil d'administration d'un établissement public local fixe les régimes indemnitaires dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat »

L'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction alors applicable : « L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements ».

En application de ces dispositions, par une délibération du 5 mars 2003, la commune de Lempdes a décidé d'instituer, pour ceux de ses agents qui en remplissent les conditions d'attribution, plusieurs primes et indemnités dont l'IAT créée par le décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 et l'IEMP instituée par un décret 97-1223 du 26 décembre 1997. Ces deux indemnités sont calculées en fonction d'un montant de base, auquel est appliqué un coefficient multiplicateur. 

L'article 2 de la délibération mentionnée ci-dessus dispose que «  le maire fixera les attributions individuelles en fonction des critères suivants : 1°) de l'absentéisme : (...) Le versement des primes et indemnités est maintenu pour les périodes de : (...) accidents du travail et maladies professionnelles. En cas d'arrêt de maladie ordinaire, longue maladie et longue durée, une retenue de 1/720e sera opérée sur l'ensemble des primes et indemnités sauf les primes et indemnités faisant l'objet de dispositions particulières fixées par les textes règlementaires. / Les retenues pour absences concerneront les arrêts intervenus au cours du mois précédent. 2°) de la manière de servir : les primes et indemnités susvisées seront modulées selon la manière de servir de l'agent appréciée notamment à travers de la notation annuelle de celui-ci. »

Il résulte de ces dispositions que si le versement des indemnités en cause peut être modulé en fonction de l'absentéisme par une retenue calculée mensuellement selon les modalités prévue au 1°) de l'article 2 précité, cet absentéisme n'est pas au nombre des critères retenus par la délibération pour l'attribution individuelle des coefficients multiplicateurs.

Il résulte des écritures en défense que, pour fixer les coefficients des indemnités attribuées à M.A..., le maire tenu compte non seulement des fonctions exercées par l'intéressé, de sa manière de servir mais, également, de son absentéisme alors que, comme il a été dit ci-dessus, ce dernier critère, s'il pouvait, le cas échéant, servir pour le calcul des indemnités finalement dues, ne pouvait pas être pris en considération pour la détermination de ces coefficients.

Il résulte de ce qui précède que la commune de Lempdes n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort les premiers juges ont considéré qu'en retenant le critère de l'absentéisme pour fixer les coefficients litigieux, le maire a entaché sa décision d'une erreur de droit de nature à justifier son annulation. 

SOURCE : CAA de LYON, 3ème chambre - formation à 3, 02/05/2019, 17LY02204, Inédit au recueil Lebon


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