Maître André ICARD
Avocat au Barreau du Val de Marne

Ce qui ne m’a pas tué m’a rendu plus fort !

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Le 4 mars 2015, plongé dans un profond état comateux, après m’être écroulé devant mes collaboratrices dans mon bureau, je n’ai jamais pu me relever. Après un transport diligent effectué par le SMUR local, je me suis retrouvé en réanimation au Centre hospitalier universitaire du Kremlin Bicêtre (94) pour une longue période d’hospitalisation, ficelé comme un rôti de veau sur mon lit de souffrance. Le 15 avril 2015, ma femme recevait la visite d’un huissier de justice de Créteil qui lui signifiait à personne mon assignation en liquidation judiciaire à la requête de l’URSSAF de Montreuil. En même temps, les collaborateurs du moment avaient quitté subrepticement le cabinet, sans bruit et sans préavis, ce qui rendait difficile pour ne pas dire impossible mon exercice professionnel. Beaucoup de confrères, essentiellement de Barreaux extérieurs au mien, se sont manifestés  pour me témoigner leur soutien. Une consœur et amie  Nassera MEZIANE, aujourd’hui vice-bâtonnier de l’Ordre, m’a apporté une aide désintéressée, indéfectible, constante et efficace et sa générosité associée à son talent d’avocat m’a permis de traverser deux ans de procédure, faite de 6 renvois d’audiences successifs, assorties de promesses de désistement non tenues et de refus de délais de paiement. Grâce à l’aide de ma consœur, j’ai pu supporter l’opprobre et les leçons de morale judiciaires et institutionnelles qui s’abat sur le débiteur et j’ai mesuré la portée de la phrase de Marcel Pagnol dans le Château de ma mère, ou l’auteur  fait dire à l’instituteur Joseph, pris par le garde pour être passé illégalement sur une propriété privée au moyen d’une clé de l’administration du canal, « Comme on est faible, quand on est dans son tort ! »…

Finalement, le 12 juin 2017 la dette était entièrement soldée et l’URSSAF se désistait d’instance et d’action et m’accordait la remise des pénalités.

Mais tout au long de mon chemin de croix, j’ai dû vivre au jour le jour, défendre des clients en oubliant que j’avais les mêmes problèmes qu’eux, penser chaque jour que ma maison, le seul bien que nous possédons avec mon épouse, fruit d’une vie de labeur allait être vendu pour désintéresser l’URSSAF.

Je pensais avant chaque audience que ce serait mon dernier jour d’exercice professionnel.

Je voyais l’huissier de justice accompagné du commissaire de police faire son office par un petit matin blême à l’heure du laitier.

Je pensais à mon père disparu le 10 avril 2012 à Ollioules et dont l’absence m’est toujours insupportable.

Je pensais à ma mère qui dans sa 99ème année n’aurait pas survécu à cette infamie qui s’abattait sur son unique fils.

Et mes deux fils et leurs 3 enfants, mes belles filles, ma famille, mes rares vrais amis  …

Je pensais à mes ancêtres paternels et maternels paysans « optants » exilés d’Alsace devenue allemande en 1871 par le traité de Frankfort  ou émigrants italiens de la baie de Naples,  dont les sacrifices quotidiens pour survivre et le sang versé pour la France m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui.

Et en plus il fallait tout de même que je fasse mes 12 heures d’hémodialyse par semaine sans en parler car un avocat n’a pas le droit d’être malade.

Je regrettais même parfois de ne pas être magistrat ou agent audiencier de l’URSSAF avec un traitement fixe ou un salaire fixe même en congé de maladie.

Je plaidais parfois devant les mêmes juges qui  me jugeaient  car je n’avais pas demandé à ce que mon affaire soit évoquée dans un autre tribunal que celui de Créteil.

Certes, mes clients m’ont peut-être sentis quelquefois préoccupé, énervé, irascible, injoignable mais Dieu seul sait ce que j’ai vécu depuis 2015.

Et voilà, j’ai surmonté les épreuves et sans fausse modestie, mon talent d’avocat, mon courage, ma femme, ma famille et mon obstination professionnelle,  m’ont permis de surmonter ces épreuves de la vie.

Il est vrai que j’avais un peu d’expérience en la matière car j’avais déjà surmonté silencieusement un cancer sans n’en parler à personne.

Alors, aujourd’hui, comme disent les anglo-saxons, « ICARD is back » et plus fort encore qu’avant.

Nietzsche avait vu juste en avançant que « tout ce qui ne nous tuera pas nous rendra plus fort »


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