Maître André ICARD
Avocat au Barreau du Val de Marne

Voilà, c’est fini …

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CLAP DE FIN : dans la douceur tiède du très bel automne de cette fin d’année 2015 se profile ma cessation d’activité professionnelle. Je n’en suis pas surpris plus que cela car j’ai souvent pensé à ce jour où je fermerai pour la dernière fois la porte de mon modeste cabinet de banlieue parisienne poussiéreux et aux murs défraichis, laissant derrière moi tous ces dossiers de vies écorchées et souvent brisées de clients victimes de l’acharnement d’une administration parfois aveugle, tatillonne et autiste.

Tous ces gens qui, obnubilés par leur situation personnelle préoccupante, n’ont jamais voulu comprendre qu’avocat était aussi un métier, soumis à une terrible conjoncture économique et qu’il fallait payer des honoraires, même si leur situation financière du moment n’était malheureusement pas très reluisante.

En effet, un avocat ne doit pas être assimilé à un organisme de crédit « revolving ».

Ces clients qui n’étaient pas sans savoir qu’un petit avocat de banlieue parisienne ça ne se plaint normalement jamais et que ça continue à avancer malgré les difficultés économiques que rencontrent les petites structures parisiennes ou de province au quotidien, la passion du métier chevillée au corps.

En effet, le client doit payer d’avance et non pas en fin de procédure dans le cas ou par extraordianire il obtiendrait une éventuelle ou hypothétique « grosse indemnisation » de l’administration. (le pacte de Quota Litis vous connaissez ?)

Mais combien de fois n’ai-je pas entendu de la bouche de mes clients « si je gagne Maître, vous allez gagner beaucoup… De toute façon, je ne peux pas perdre … C’est gagné d’avance, C’est du tout cuit … Je vous ai donné des biscuits … C’est du cousu mains … On va se régaler … Vous allez être riche … ». Pfittt …

Hélas, même quand c’était gagné et parfois bien gagné, les belles promesses s’étaient envolées telle une jeune hirondelle de l’année éprise du désir irrépressible  d’aller passer l’hiver au chaud en Afrique par une belle soirée du mois de septembre transie sur une ligne électrique.

N’est-ce pas mesdames, mesdemoiselles, messieurs  M., S., Z. et beaucoup d’autres qui se reconnaîtrons et vos belles promesses non tenues faites lorsque, en grand désarroi et en grande précarité,  vous étiez dans l’attente insoutenable de la décision du tribunal.

Mais aujourd’hui que tout va bien, grâce à mon travail obstiné, et peut-être aussi un peu grâce à mon talent de l’époque et de celui de mes collaborateurs, vous m’avez oublié, me plongeant ainsi, alors que je suis très malade, dans une très grande précarité.

Comment allez-vous faire pour vous gaver de victuailles au cours des fêtes de fin d’année, de faire ripaille, de jouir grassement des plaisirs de la vie, sans penser un seul instant que par votre manque d’honneur et de fidélité à votre parole donnée et à vos engagements, vous êtes à l’origine du malheur d’un petit avocat de banlieue parisienne, le seul à vous avoir reçu et aidé quand vous étiez dans la difficulté et que vous étiez lâché et mis au ban des accusés par la plupart de vos connaissances.

Certes, je n’attendais pas de la reconnaissance, de la gratitude, j’attendais simplement que vous ayez un comportement humain et digne et ce comportement vous ne l’avez pas eu et ce qui est pire, cette humanité vous est étrangère.

 « L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître », dit souvent ma mère avec la sagesse de ses 97 printemps.

Elle a raison, il vous a corrompu et je ne m’étonne plus de vos personnalités respectives qui vous ont conduites un jour devant le juge, même si pour vous défendre utilement, j’ai eu la faiblesse de vous faire croire l’espace d’un bref instant que je pensais que vous étiez de bonne foi.

Aujourd’hui, je vous crois capable de toutes les vilenies dont vous étiez accusés à l’époque, vous me l’avez magistralement prouvé.

 Et, puis la fidélité à la parole donnée ne se résume pas à la richesse et je rends un hommage appuyé à cette jeune femme de ménage de l’aéroport d’Orly qui payait tous les mois ses honoraires, avec une scrupuleuse exactitude, au moyen d’un « petit billet » de 20 euros et qui n’a jamais accepté que je lui fasse la moindre remise sur le solde dû. C’était la parole donnée d’une femme originaire d’Afrique du Nord ou la parole donnée et l’honneur ont encore du sens.

Et puis, que dire de ces nombreux clients à l’aide juridictionnelle totale, qui affichaient ostensiblement un train de vie bien supérieur aux seuils d’éligibilité, de ces clients qui m’ont fait croire qu’il y avait droit et qui devant le refus légitime du bureau d’AJ, n’ont jamais versé le moindre honoraire, pendant 5 ans pour trois procédures de première instance (TA- TGI) et d’appel (CA Paris) et qui se sont montrés pourtant d’une exigence,  d’une agressivité, d’une incorrection et d’un mépris inversement proportionnel à leur participation financière. (Monsieur J)

Que penser de ces collaboratrices (M), juristes (F, M) et stagiaires EFB (F) pourtant obséquieuses et propres sur elles, qui m’avaient supplié de les recruter et qui m’ont finalement lâchement abandonné alors que j’étais encore sur mon lit d’hôpital, négligeant mes dossiers  urgents au mépris de belles promesses,  laissant mes clients en grand désarroi et n’ayant jamais pris de mes nouvelles.

Mais dans mon crépuscule professionnel, il y a une étoile qui scintille, ma bonne étoile, elle s’appelle Maître Nassera Meziane, et c’est la future vice Bâtonnière du Barreau de Créteil. Ce fut ma première collaboratrice il y a quelques années, et elle ne m’a jamais lâché  pendant toutes ce temps et pourtant je ne suis plus sûr d’avoir été toujours très sympathique avec elle.

Elle m’accompagne maintenant dans ces moments difficiles, avec l’humanité, la gentillesse, la clairvoyance et le grand talent qui la caractérise.

Je savais déjà que c’était une grande avocate, maintenant je sais que c’est une grande dame et je lui dédie ce proverbe kabyle « L'ami des jours où tout va bien ne vaut pas l'ami des jours où tout va mal. » Proverbes berbères de Kabylie (1996)

Enfin, je terminerai mon propos de fin de carrière en citant Georges Bernanos « Si je recommençais ma vie, je tâcherais de faire mes rêves encore plus grands ; parce que la vie est infiniment plus belle et plus grande que ne n'avais jamais cru, même en rêve »


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