Maître André ICARD
Avocat au Barreau du Val de Marne

Les réflexions d'un petit avocat de banlieue parisienne non décoré et en difficulté à propos du port des décorations sur la robe d’avocat !

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BILLET D’HUMOUR : une polémique terrible enfle en ce moment dans les salons parisiens feutrés au sujet de l’opportunité du port des décorations sur une robe d'avocat pendant les audiences. Un confrère parisien et un syndicat professionnel préconisent de bonne foi et à juste titre de  ecommander à un avocat de s'abstenir de porter ses décorations sur la robe d'avocat pendant les audiences pour respecter un soi-disant principe d’égalité. Voilà un sujet d'une importance capitale pour la profession d’avocat en ces temps où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes judiciaires. C'est vrai qu’après la loi dite "Macron", notre profession définitivement sauvée et confortée dans la onservation et le renforcement de ses privilèges d'antan, doit bien faire émerger quelques sujets d'importance capitale pour son avenir. Le port des décorations sur le costume d'audience en est un, je le concède bien volontiers et humblement, et j'ai moi même été souvent tétanisé dans ma plaidoirie, par un confrère adverse (souvent parisien d'ailleurs reconnaissable à son épitoge non herminée), qui arborait fièrement sur sa poitrine mise en valeur par sa robe noire, une plaque de décorations digne d'un héros de la deuxième guerre mondiale.

Si j'ai bien compris la polémique de notre lanceur d'alerte, il s'agit en fait de recommander à l'avocat décoré de s'abstenir de porter ses décorations sur sa robe en audience  afin de ne pas complexer son contradicteur, de ne pas "l'inférioriser" et aussi afin de ne pas susciter inutilement la jalousie supplémentaire de ceux qui n'ont pas eu le grand bonheur d'être décorés alors qu'ils rêvaient chaque jour (comme moi, certains confrères ou peut-être les magistrats du siège et du parquet) fortement de l'être un jour.

Mais ce n'est en aucun cas la remise en cause du principe de l'attribution de décorations aux avocats censés être indépendants. (mais on ne sait jamais des fois qu'on ... me la concèderait !)

Dans ce cas, pourquoi ne pas recommander de cacher son doctorat de droit obtenu avec les félicitations du jury en recommandant de ne pas le mentionner sur sa plaque, sur ses cartes de visite et en recommandant de ne pas porter l'épitoge à trois rangs d'hermine, pourquoi ne pas recommander de masquer ses origines sociales aristocratiques en interdisant le port de la particule en audience, pourquoi ne pas recommander de dissimuler sa belle voiture allemande en interdisant son stationnement sur le parking du tribunal, pourquoi ne pas recommander de recouvrir d'un drap la cheminée en marbre de son cabinet et les tableaux de maître lors de la réception d'un petit confrère assigné par l'URSSAF en liquidation judiciaire, pourquoi ne pas recommander de cacher sa superbe femme au demeurant dotée d'une intelligence prodigieuse, pourquoi ne pas recommander d'évincer son beau et grand mari bodybuildé et bronzé aux UV, pourquoi ne pas recommander de signer un document présenté par un greffier ou un huissier audiencié avec un "Bic" plastique et non pas avec son plume "Mont Blanc", pourquoi ne pas recommander de ne pas mettre en audience de chaussures "Lauboutin" à semelles rouges pour les filles et d'éviter de se parfumer avec un Channel n° 5, pourquoi ne pas recommander de ne pas porter en audience sous la robe d'avocat de costumes "Smalto" et de montres "Rolex" pour les hommes etc.

En fait, recommander à tous les avocats de ne porter aucun signe extérieur de richesse, de notoriété, de succès ou de reconnaissance sociale pour ne pas rendre jaloux et complexé le confrère contradicteur, petit avocat de banlieue parisienne en difficulté, sans plus beaucoup de clients solvables, "accro" à l'aide juridictionnelle et à la commission d'office et obligé d'écrire des articles, souvent larmoyants sur le net afin de ne pas crever !

C'est vrai que je suis à chaque fois personnellement très impressionné par des confrères arborant en audience, sur leur robe, plus de décorations qu'un maréchal soviétique de l'ex armée rouge et j'en perds très souvent une grande partie de mes (petits) moyens au point d'être obligé de demander une suspension d'audience pour aller à la buvette du Palais de justice boire un grand verre d'eau bien fraîche et manger un sucre imbibé d'un peu d'alcool de menthe !!! Je reprends ainsi peu à peu mes esprits...et les mots me reviennent pour plaire, émouvoir et convaincre (Delectare, movere, probare - Les devoirs de l'orateur -Officia oratoris - Ciceron (un peu de culture générale ne fait pas de mal).

La fragilité des apparences quoi !

Mais sans vouloir être trop impertinent aux yeux de l'excellentissime confrère qui se croit légitime, à juste titre et en toute bonne foi, à s'investir dans une croisade professionnelle d'apparence égalitariste et si j'osais dire, sans vouloir trop froisser les nombreuses consœurs et les nombreux confrères parisiens qui me soutiennent, un peu "parisiano parisienne", je pense que dans ces conditions, il vaut mieux continuer comme avant. ("Désormais ce sera comme d'habitude")

En effet, soit on interdit toute décoration à un avocat pendant le temps de son inscription au Barreau (mais ce n'est pas le sujet), soit dans le cas contraire, on lui autorise le port de sa décoration largement méritée et légalement accordée, en toutes circonstance y compris sur sa robe d'avocats à l'audience.

Je ne vois d'ailleurs pas sur quel fondement juridique on pourrait restreindre le port d'une légion d'honneur en recommandant à un avocat de "s'abstenir de porter ses décorations" sur sa robe d'avocat alors que les magistrats les arborent fièrement...

Il coexisterait ainsi deux régimes différents et discriminatoires de port de décoration sur un costume d'audience dans une même enceinte judiciaire : la salle d'audience.

Quid de l'avocat qui ne s'abstient pas de porter ?

Que fait-on dans ce cas ?

Voyons, soyons réalistes et surtout pas de fausse modestie consistant à se montrer à ses confrères (et aux autres) moins méritant et moins talentueux qu'on ne l'est en réalité afin de ne pas le complexer.

A principe d'égalité quand tu nous tient !

A titre infiniment subsidiaire, pour détendre l'atmosphère et pour être un peu plus léger à côté de ce problème  fondamental pour l'avenir de notre profession de port de décorations sur la robe , il y a aujourd'hui dans notre pays de petits avocats de banlieue parisienne ou d'ailleurs, au surplus non décorés mais très gravement malades, ayant subi deux interventions chirurgicales en septembre 2015 et trois hospitalisation d'une semaine, au surplus poursuivis en RJ par l'URSSAF, par des ATD des impôts, interdits bancaires, trop fatigués pour continuer d'exercer normalement, qui n'arrivent même plus à payer leurs médicaments pour se soigner, qui aimeraient peut-être qu'on "recommande à leurs confrères de s'abstenir"... de les regarder crever dans l'indifférence !

Mais ça c'est une autre polémique à lancer certainement beaucoup moins porteuse ... que la présence d'une décoration sur une robe d'avocat.


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