Maître André ICARD
Avocat au Barreau du Val de Marne

Légion d’honneur aux avocats : vanitas, vanitatum et omnia vanitas !

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Aujourd’hui, alors que certains avocats n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois, malades, écrasés par des charges exorbitantes, poursuivis par les institutions sociales et fiscales, étranglés par leur banquier, certains  de leurs confrères sont aujourd’hui  placés sous les feux de la rampe, honorés  par la République française pour leur grand dévouement, consacré par l’attribution de la « Légion d’honneur ». Ces avocats bardés de décorations, pour la plupart anciens bâtonniers, arborent parfois fièrement sur leurs robe, plus de prestigieuses médailles que ne pourront jamais en porter nos valeureux militaires en opérations extérieures.

Mais qu’ont-ils donc fait de particulier au cours de leur brillante et remarquée carrière d’avocats pour mériter plus de décorations que n’en porteront jamais tous ces héros anonymes morts, dans l’indifférence générale, au champ d’honneur au cours de la grande guerre de 1914-1918.

Mais comment ont-ils pu obtenir cette prestigieuse décoration ces avocats ?

Le site de la légion d’honneur apporte une réponse à cette lancinante question en affirmant : « La Légion d’honneur ne se demande pas. Ce sont les ministres qui ont la responsabilité d’identifier les futurs décorés et s’appuient pour cela sur le  corps social (parlementaires, maires, employeurs, responsables syndicaux ou associatifs, présidents de fédérations professionnelles ou sportives…) »

Pourtant, le métier d’avocat requiert beaucoup d’indépendance, c’est d’ailleurs pour cela que je m’y sens très bien. D’ailleurs, pour exercer sa profession, tout avocat doit prêter ce serment devant la Cour d'appel de son Barreau : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ».

Peut-on rester vraiment rester indépendant et totalement disponible pour défendre toutes les causes, quand on reste chaque jour dans l’attente angoissée de cette reconnaissance suprême, comme un adolescent attentant les résultats du baccalauréat ?

Sur quels critères  le pouvoir politique reconnait-il les mérites d’un avocat censé être indépendant de lui ?

D’ailleurs cette interrogation vaut également pour les magistrats du siège et pour les juges administratifs.

Peut-on être vraiment indépendant quand on reste suspendu à une reconnaissance officielle prestigieuse provenant du pouvoir en place alors qu’on est censé être indépendant de lui ?

Certains (plutôt des hommes) en rêve de cette prestigieuse décoration, d’ailleurs ces notables aux pieds d'argile, qui auraient voulu être des héros, ne rêvent plus que de cela et organisent leur vie autour de cela.

Et puis, c’est tellement valorisant, au cours d’un cocktail dinatoire, devant un parterre de personnalités locales,  d’arborer fièrement au revers de son veston, une coupe de champagne à la main, une décoration de héros, reconnaissance suprême, surtout quant on n’en est pas un et qu’on n’en sera probablement jamais un.

Peut-êtes que moi-même en ai-je  aussi rêvé dans ma jeunesse de cette décoration, lorsque ma maîtresse d’école nous amenait, chaque  11 novembre, chanter la Marseillaise devant le monument aux morts de la commune.

Peut-être en ai-je aussi rêvé pour ce grand oncle, unique garçon d’une fratrie de 10, fauché au crépuscule le jour de ses 19 ans, par une rafale de mitrailleuse allemande, dans la froideur glaciale d'un champ de bataille de la Meuse.

Peut-être en ai-je aussi rêvé pour tous ces anonymes lâchement assassinés dans ces ignobles camps de la mort et pour toutes et tous ces héros de la résistance qui n’ont jamais pu connaître le bonheur simple de la vie.

Peut-être en ai-je aussi rêvé pour mon père, « petit ouvrier ajusteur », prisonnier de guerre à 20 ans en Allemagne, aujourd’hui malheureusement décédé et qui n’a jamais reçu de son vivant la reconnaissance officielle qu’il méritait.

Peut-être que j’en rêve encore pour ma mère aujourd’hui âgée de 96 ans, qui, alors qu'elle était une belle jeune fille de 23 ans, continuait à travailler sous les chapelets de bombes qui s’abattaient sur l’arsenal de Toulon.

Mais je n’ai jamais rêvé de voir un avocat ou un magistrat, confortablement installés dans une vie bourgeoise sans risque, n’ayant d’autre mérite que de faire convenablement ce pour quoi ils sont bien payés, arborer fièrement sur leur poitrine cette superbe décoration créée par le Premier consul, Napoléon Bonaparte pour les soldats de l'Empire, les héros et les savants.

Pour ce qui me concerne, la reconnaissance de mes confrères et de mes clients me suffit.

PS : mon grand père me disait souvent quand j'étais enfant, tu sais André, « 5 minutes de bon piston valent mieux que 40 ans de bons et loyaux services »

Et le pire, c'est qu'il avait raison mon grand père.

Décrets de nomination :

Décret du 13 juillet 2015 portant élévation aux dignités de grand'croix et de grand officier
Décret du 13 juillet 2015 portant promotion
Décret du 13 juillet 2015 portant nomination
Décret du 13 juillet 2015 portant nomination
Décret du 13 juillet 2015 portant promotion et nomination
Décret du 13 juillet 2015 portant promotion et nomination

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